Toutes et « tous les adolescents vont prendre des risques » (Courtois, 2011) et « il n’y a pas d’adolescence sans prise de risque » (Le Breton & Marcelli). Voici deux affirmations qui nous amènent à nous pencher sur cette question des conduites à risque.
Vous connaissez cette norme sociale très présente chez les jeunes dans la consommation d’alcool en soirée (sinon nous ne sommes pas « cool »), de l’envie de tester quelques drogues pour expérimenter de nouvelles sensations, de cette « injonction » aux rapports sexuels dès que l’on a notre premier amoureux… Tout s’accélère et tout change à cet âge là : les hormones bousculent le corps et font naitre des désirs, de plus, faire partie d’un groupe social est essentiel, et chaque jeune tente de trouver sa place dans le monde. Autant d’éléments qui font de cette période de la vie, une période de développement majeure durant laquelle des risques importants peuvent être pris et impacter sévèrement les jeunes.
Le comportement de prise de risque
La prise de risque peut-être considérée « comme un jeu avec l’imprévu, comme une succession de paris avec l’incertain […], une occasion de sortir des sentiers battus » (Barjonet & al. 1992). Cette prise de risque nous l’intégrons toutes et tous différemment dans notre quotidien en adoptant des styles de vie différents.
- Le style de vie avec un fort « goût du risque » plus généralement adopté par de jeunes personnes, des personnes sans enfants et/ou active
- Le style de vie avec un fort attrait pour la sécurité, adopté davantage par des personnes âgées et/ou non actives
Les conduites à risques
« Une conduite à risque est une conduite qui comporte des risques pour le bien-être physique et mental » de soi-même et/ou d’autrui (Choquet & Ledoux, 1994).
Il convient de noter qu’à l’entrée dans l’adolescence (vers 12ans : pré-ados et à partir de 14 ans : ados), en pleine période de puberté durant laquelle s’opèrent de nombreux changements (physiques, psychiques, sociaux), les principaux problèmes de santé évoluent. En effet, la première origine de ceux-ci n’est pas la maladie mais plutôt des comportements que l’on nommera ici « comportements/conduites à risque ». Les jeunes expérimentent, cherchent à faire des choix par eux-mêmes et s’engagent parfois dans des comportements à risque.
Parmi ces comportements nous pouvons citer : le tabagisme, la toxicomanie, l’alcoolisme, les pratiques sexuelles non protégées, la délinquance (vols, violences…), les comportements alimentaires « déviants » (TCA), l’exposition à des volumes sonores trop élevés, l’exposition et l’utilisation « compulsive » du téléphone / des écrans, la dépendance aux réseaux sociaux et à internet, les jeux d’argent, les jeux dangereux, la conduite automobile imprudente, les jeux vidéos, les gestes auto-vulnérants (scarification…), etc.
A noter : les adolescent·es ne sont pas les seuls concerné·es. A l’heure où le numérique et les nouvelles technologies arrivent très tôt chez les jeunes, les enfants peuvent également être concerné·es. Bien entendu, les jeunes adultes et adultes le sont aussi.
Conséquences :
Ces comportements peuvent avoir des conséquences à la fois :
- sur l’individu lui-même : sa santé physique (maladies chroniques et/ou neurodégénératives, troubles sensoriels, , douleurs chroniques…) et mentale (pathologies mentales, apathie, isolement social, anxiété, hallucinations…), son parcours d’études et de vie, son niveau d’autonomie, la qualité de ses relations sociales…
- sur autrui (son entourage, ses ami·es, sa famille) : incidents, accidents, violences, conflits, problèmes judiciaires, influences sociales néfastes, marginalisation…
Pourquoi les adolescent·es prennent de tels risques
« Comme un adolescent entame sa vie d’humain dans l’autonomie, il est normal que les adolescents prennent des risques » (Falissard, 2022).
Les déterminants des conduites à risque
Si un·e jeune prend des risques, est-ce parce qu’elle/il a un trouble du comportement qui doit être traité ou bien est-ce un élément « normal » et inévitable lié à son développement en tant que personne ?
Les deux explications qui correspondent à deux conceptions, co-existent. Il s’agira ainsi de n’exclure aucune des deux mais bien de les penser de façon combinée. Sur SOPSIE, nous aborderons davantage l’origine contextuelle et sociale des conduites à risque, ce qui correspond à la seconde conception évoquée juste au-dessus. Toutefois, cela ne signifie pas que nous rejetons l’approche dispositionnelle, davantage clinique, associée à l’hypothèse d’un trouble du comportement et/ou de la personnalité. Ici, nous nous focaliserons sur l’aspect situationnel avant tout ; sur lequel tout un chacun peut agir.
LES DIFFERENTS FACTEURS DE RISQUE ET CEUX DE PROTECTION
Jessor (1993) identifiaient cinq principales sources de facteurs de risque et de protection (selon leur valence et leur degré) :
- Le patrimoine historique de la personne (ex. historique de conduites à risque / addictions passées…)
- Son environnement social (ex. statut socio-économique, classe sociale, appartenance groupale…)
- Sa perception de l’environnement (cf. article SOPSIE sur la perception du risque)
- Sa personnalité
- Ses comportements (ex. investissement scolaire, relation aux autres…)

Facteurs à risque
> Passif de conduites à risque : ex. consommation d'alcool dans le passé, passif d'addiction...
> Traumatismes, difficultés de gestion des émotions, pathologies (ex. dépression, anxiété généralisée...), confrontation fréquente à des situations de stress
> Conduites à risque dans l'entourage : ex. parents fumeurs, proches ayant un passif d'addiction...
> Environnement social défavorisé
> Appartenance à un groupe social stigmatisé : ex. victime de discrimination, harcèlement...
> Manque d'information concernant la santé physique et mentale : ex. dévalorisation de la santé, des conséquences de la prise de certains produits, méconnaissance du danger...
> Perception erroné et biaisée de la gravité du risque encouru (cf. article SOPSIE sur la perception du risque) : ex. surestimation des bénéfices et sous-estimation des risques. Impulsivité des comportements (aphorisme = émotion qui prime sur la raison)
> Confiance surdimensionnée (illusion) de contrôler la situation et d'être moins en danger que la plupart des gens
> Recherche et besoin de sensation
> Désinvestissement scolaire, violence , délinquance...

Facteurs protecteurs
> Fort soutien social : ex. jeune bien intégré·e dans un groupe social sans conduites à risque apparantes au sein de celui-ci, bonne relation familiale...
> Connaissance des risques encourus : ex. bien informé·e sur les origines, les conséquences physiques, psychiques et sociales
> Connaissance de soi (mentalement et physiquement) et épanouissement : ex. bonne gestion des émotions, sens dans la vie...
> Environnement social favorisé : ex. une sensation de sécurité, de soutien familial, accès aux informations...
> Informé·e sur la santé physique et mentale : fonctionnement du corps humain, du cerveau des mécanismes d'addiction...
> Analyse pragmatique de la situation en prenant le temps d'observer le risque encouru
> Investissement scolaire, engagement dans des projets qui la/le passionne, participation à des travaux/activités pour et avec les autres
Il s’agit là d’une liste non exhaustive ! Notons simplement que nous pouvons agir sur nombreux de ces facteurs via un suivi clinique pour traiter une pathologie par exemple (thérapies…), et via une intervention sociale pour limiter les contextes/situations défavorables, favoriser le respect des besoins fondamentaux de la/du jeune, limiter les influences sociales néfastes, contrôler les normes de groupe et permettre un plein épanouissement. Enfin, l’accompagnement bienveillant dans la connaissance de soi, de son esprit, de ses émotions, de son fonctionnement cérébral et corporel, est un élément incontournable sur lequel agir, notamment en prévention.
La prévention
L'OMS définit la prévention comme "l'ensemble des mesures visant à éviter ou réduire le nombre et la gravité des maladies, accidents et handicaps"
La mise en place de dispositifs de prévention vise à maintenir un bon niveau de bien-être global d’une personne. Ainsi, lorsque l’on parle de conduites à risque et des conséquences délétères qu’elles peuvent avoir sur soi et sur autrui, nous parlerons forcément d’actes de prévention pour préserver et/ou rétablir la bonne santé des jeunes. Nous pouvons agir de différentes manières et aussi à différents moments qui se traduisent par différents niveaux de prévention ; 3 niveaux progressifs.
Les niveaux de prévention
A lieu avant l’apparition d’un trouble / d’une conduite à risque. L’objectif est d’informer de l’existence d’un danger/risque potentiel qui n’est pas encore présent et de renforcer les facteurs protecteurs face à celui-ci. Tout ceci afin d’éviter des situations nuisibles à la santé.
Exemple de ce qui existe : des interventions sur la sécurité routière à l’école primaire, la présentation des effets du sport sur la santé, un agencement de la salle de classe de manière ergonomique pour le confort de chacun·e, la mise en place d’une journée de connaissance où chaque élève en début d’année fait connaissance avec le groupe pour instaurer un climat bienveillant…
A lieu lorsqu’un trouble ou une conduite à risque est en train de se développer au sein d’un groupe et peut avoir des effets néfastes. Cela concerne alors les membres du groupe qui sont dans un contexte où des facteurs de risque sont saillants. L’objectif est alors d’éviter la propagation de cette conduite et ses conséquences. Cela passe par des actions qui visent à réduire au maximum les risques dans une telle situation.
Exemple de ce qui existe : des interventions sur les pratiques sexuelles et la contraception auprès d’adolescent·e·s, des campagnes d’information/affichages sur SAM (« celui qui conduit, c’est celui qui ne boit pas ») ou BEN (le bus de nuit qui me ramène chez moi)… Les tests de dépistage peuvent aussi être considérés comme de la prévention secondaire.
A lieu lorsque la conduite à risque est installée et qu’elle est néfaste pour la personne ou autrui. C’est typiquement une prévention que l’on retrouve dans le cas d’une addiction. L’objectif est de favoriser l’entrée dans le soin (le suivi médical et psychologique) et d’accompagner dans le traitement des symptômes. Un second objectif est de diminuer les risques de récidive.
Exemple de ce qui existe : les affichages avec des contacts et astuces pour arrêter de fumer ; le mois sans tabac et celui sans alcool ; tous les petits flyers que l’on trouve en pharmacie, à l’infirmerie, chez la/le médecin (pilule du lendemain, MST, cirrhose, cellules d’écoute et d’accompagnement, « parlez-en à votre médecin »…) ; des interventions d’information sur le phénomène du « binge-drinking »…
Les moyens de prévention
L’affichage est l’un des premiers moyens de prévention utilisé car il est moins onéreux et touche un plus grand nombre de personnes. Des spots publicitaires/vidéos sont aussi parfois diffusés via divers médias.
ATTENTION aux affichages qui montrent des comportements négatifs ou jouent sur la peur. Ceux-ci ont souvent un effet inverse puisqu’ils véhiculent une norme selon laquelle ces comportements prescrits sont courants, et qu’ils les interdisent , or on aime braver l’interdit, surtout à cet âge-là. Ces affichages génèrent des réactions de rejet, culpabilité ou évitement : c’est-à-dire, aucune réaction productive…
Conseil : que les jeunes soient eux-mêmes à la création. Ainsi, vous les engagez dans la démarche (cf. page engagement) !
L’utilisation de témoignages peut avoir de l’intérêt lorsque l’on présente un individu (modèle proche de nous) qui adopte des conduites positives et ce qu’il y gagne. On peut aussi présenter une personne qui vient de rebondir des suites d’une conduite à risque néfaste pour elle et/ou autrui, et qui change ses habitudes. L’effet sera d’autant plus intéressant si les jeunes peuvent s’identifier à cette personne et que sont présentés les efforts qu’elle a produit et la démarche qu’elle a suivi pour en arriver là (cf. article SOPSIE « modèles sociaux »). Enfin, il est aussi intéressant de percevoir dans le témoignage ce que la personne a gagné en changeant de conduite.
ATTENTION aux témoignages de personnes victimes d’actes consécutifs à une conduite à risque (ex. accident de la route liée à une conduite alcoolisée), ou encore de personne addicte qui parle de ses difficultés quotidiennes, de ce qu’elle a perdu… Cela génère avant tout de la peur et de l’évitement pour se protéger. Comme vu plus haut, face à un tel témoignage nous aurons cette tendance à croire que cela ne nous arrivera pas à nous (cf. article SOPSIE « Perception du risque »).
Nous les retrouvons assez fréquemment à l’école : les interventions des services de gendarmerie, de la police nationale, du SAMU, des sapeurs-pompiers… Ces interventions de professionnel·le·s des soins et secours jouent un rôle préventif important au sein des milieux scolaires qui est bénéfique lorsque les jeunes sont rendu acteurs de l’intervention, qu’ils sont amenés à se questionner et que l’objectif principal de l’intervention est d’informer, de répondre à des interrogations et de renforcer des facteurs protecteurs face aux potentielles conduites à risque.
Avant tout une démarche à adopter dans le cadre d’une prévention primaire ou secondaire.
ATTENTION : une intervention optimale est une intervention répartie sur plusieurs séances et adaptée à son public, durant laquelle les jeunes sont actifs et évoluent dans un environnement bienveillant où l’on ne parle pas de « bien » et de « mal ». L’intervention pourrait même aboutir à la conception d’un projet par les jeunes au sein de l’établissement. Une seule intervention de 2h n’est pas suffisante.
> Des activités de sensibilisation directement menées avec et par les jeunes et durant lesquelles elles/ils s’informent, se renseignent et produisent eux-mêmes des documents/animations de sensibilisation
> Des ateliers collectifs non ouvertement présentés comme de la « prévention contre »… (ex. étude du système de récompense durant un cours et présentation des substances impliquées et leurs effets : cf. lien vidéo ci-dessous)
> Des tests (positionnement, évaluation de la prise de risque, dépistages, connaissance sur un domaine…)
> Des jeux coopératifs ou compétitifs (sondages, grand quizz…) en transmettant dans ceux-ci des connaissances relatives aux conduites à risque visées et en cassant des « mythes » et croyances erronées
> Des ateliers de connaissance de soi : connaissance et gestion des émotions, stratégies de coping face aux stress, éveil des sens par la méditation, groupes de parole…
ARTICLE SOPSIE "Jouer sur la peur et la menace : pourquoi cela ne marche pas ?" Quelques clefs de psycho sociale pour prévenir et lutter contre les conduites à risque
Pour faire bref, nous pouvons agir sur le contexte, transmettre des informations sans jugement, accompagner la/le jeune dans sa connaissance de soi, passer le relais quand une addiction (trouble de l’usage de l’alcool, addiction internet, tabagisme précoce…) est décelée, et agir sur les normes sociales et les besoins fondamentaux des jeunes. Ainsi, on peut retrouver certains concepts clefs de la psychologie sociale (combinés à d’autres concepts de disciplines transversales) sur lesquels agir en prévention :
- Prendre connaissance des facteurs à risque et protecteurs et analyser une situation à partir de ceux-ci pour identifier clairement les points de vigilance et les actions de prévention à mener. Présenter ces mêmes facteurs aux jeunes.
- Briser le cercle vicieux de la méconnaissance des conduites à risque ; déconstruire les croyances erronées véhiculées en offrant un espace de ressources pour que la/le jeune recherche, s’informe et se forge sa propre image des conduites à risque
- Connaitre son groupe et les dynamiques qui l’animent
- Ouvrir des espaces de paroles, d’écoute, de médiation, de ressources…
- Favoriser le développement d’un environnement de vie (familiale ou scolaire) stable, prévisible et structuré notamment avec des limites claires, consistantes et justifiées (cf. Life History Theory, Ellis & al. , 2009).
- Favoriser le respect des besoins fondamentaux d’autonomie, de soutien social et de sentiment d’efficacité personnelle (cf. page motivation)
- Développer les compétences psycho-sociales des jeunes : ex. gestion et régulation des émotions (étude effet du Mindfulness : Broderick & Jennings, 2013)
- Diffuser une norme sociale de conduites à risque modérées, réfléchies et cadrées, tout en mettant en avant des comportements positifs et bénéfiques à la santé de chacun·e
- Proposer des interventions de prévention (cf. encadré « moyens de prévention » plus haut)
Bien d’autres pistes d’actions peuvent être explorées pour lutter contre diverses situations à risque… Pour en savoir davantage à ce sujet et/ou profiter d’un accompagnement pour de la prévention de conduites à risque dans votre établissement, groupes de jeunes ou à la maison via un service SOPSIE, vous pouvez me contacter.

